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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 11:54

Piments & Muscade, le fanzine de l'Armoire aux épices, n'étant, malheureusement, plus, je vous propose, comme modeste lecture estivale, les deux textes que j'ai eu la chance de voir figurer au sommaire de deux numéros. Bonnes lectures et bon été !

 

 

Au cœur de la forêt

 

On raconte encore, qu'il y a fort longtemps,

En Pays Rennais, dans la forêt de Liffré,

Une cabane ayant vu fleurir maints printemps,

Abritait tant de mystères à déchiffrer,

Que nul parmi tous les courageux du village

N'osa jamais s'approcher de ses protecteurs,

Des chênes au corps blanc sans écorce ni âge,

Effrayant, de leurs bras, curieux ou tourmenteurs.

 

De prime abord, on la crut vide, abandonnée,

Puis, très vite, une rumeur se répandit,

Une femme y vivrait, le cœur emprisonné,

Par un tel maléfice qu’on le dit maudit.

Interdisant à tout amour de l'habiter,

Le sortilège garderait prisonnière

L'hôtesse d’un cœur perdu pour l'éternité,

Le changeant chaque jour un peu plus en pierre.

 

Cependant, personne ne vit la dite femme,

Tour à tour traitée de spectre ou sorcière,

Pas même n'aperçut la lueur d’une flamme

Filtrant au travers de tant d’années de poussières,   

Des rares vitres que les chênes côtoyaient,

Que jamais un villageois ne vint affronter,

Par crainte d'un inconnu qui trop effrayait,

Par peur d'y découvrir un mensonge éhonté.

 

Mais un beau jour, on vit arriver au village,

Un homme aux traits charmants, sans doute un voyageur,

Qui se déclarait tout simplement de passage,

Beaucoup se méfièrent de ce beau parleur.

Plus encore lorsqu'il prétendit haut et fort,

Qu'il irait au fond du bois, le matin suivant,

Y constater, sans nulle escorte ni renfort,

L'absence de tout esprit, même malfaisant.

 

Il prit la route aux aurores, le lendemain,

Bien des curieux le regardèrent s'enfoncer

Dans les ombrages accompagnant le chemin,

Dont certains jurèrent qu'ils les virent froncer.

Lorsqu'enfin, parmi les arbres, il disparut

Un très violent orage éclata tout proche,

Et très vite abattit son courroux dans les rues,

Les zébrant d'éclairs tels de funestes reproches.

 

Sans nouvelles de lui durant quatre journées,

Une expédition de quelques intrépides,

Quitta le village espérant y retourner,

En direction des bois, réputés perfides.

Lorsqu'ils disparurent dans la végétation,

Aucun arbre ne montra signe de colère,

Quant à ces innombrables interrogations,

En chemin, une à une elles s'étiolèrent.

 

Arrivant sur les lieux de tous leurs fantasmes,

Ils virent un paysage bien surprenant,

Les chênes, autrefois du blanc d’un ectoplasme,

Se consumaient, leur corps noirci, agonisant.

Seule la cabane se dressait en obstacle,

Ils décidèrent, courageux, d'y pénétrer,

S'offrit à eux, alors, un curieux spectacle,

Un mystère de plus qui les maintint prostrés.

 

Pas âme qui vive dans la pièce ombragée,

Seul un lit, défait, pour mobilier principal,

Un bureau où un cahier gisait, naufragé,

Sa couverture rongée par le temps, fatal.

Mu par un élan d’extrême curiosité,

L'un des intrus ouvrit l'ouvrage poussiéreux,

Il en sortit une belle plume usitée,

Et un texte qu'il lut tout haut, d’un ton sérieux.

 

"Depuis si longtemps, j'attendais suppliante

Et voici qu'ils m'envoyèrent ce messager,

Au corps bien charpenté, aux mains si puissantes,

D'une habile douceur qu'il me fit partager.

Lorsque ses mains, sur mes lèvres, se déposèrent,

Mon cœur accéléra, devint enfin vivant,

Quand, plus fougueuses, elles me déshabillèrent,

Mon cœur s'emballa, s'ouvrit à lui plus avant.

Le beau messager laissa, peu à peu, la place

Au plus doux des amants, adroit, attentionné,

Mêlant des caresses en timide préface

Au son de mes gémissements passionnés. 

Il me découvrit, sur mes courbes s'attarda,

Les flattant avec ses talents d'équilibriste,

Par sa langue, son sexe, le bout de ses doigts,

Brûla tous mes sens, en suivit l'intime piste.

Quand, au petit matin, nous nous réveillâmes,

Je sus que brillait dans son regard cette clé

Qui ouvrirait mon cœur, libèrerait mon âme,

Ainsi finit ma nuit de jouissance endiablée."

 

Le récit ne comportait la moindre rature,

Mais les mots tremblants en trahissaient l'émotion,

Comme cette larme séchée en signature

Dont nul ne mesura la signification.

L'expédition s'en revint de son échappée,

Narrant ses découvertes, preuves à l'appui,

Le mystère s'éclaircit, noirceurs dissipées,

Oubliant même la cabane dans la nuit.

 

On contera toujours qu'il y a fort longtemps,

En Pays Rennais, dans la forêt de Liffré,

On ne retrouva, pour tout soupçon des amants,

Qu'un cahier, une plume et quelques draps froissés.

 

 

 

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Published by François - dans Dentelles câlines
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commentaires

Océanique 28/07/2015 16:46

J'aime les contes et légendes bretonnes
J'aime ta plume habile à contenter mes désirs à lire
Et la pointe d'érotisme sans quoi le Poète des dentelles ne serait égal à lui-même
Baisers mystérieux

François 31/08/2015 18:37

Wow ! Mille mercis pour ces compliments chère poétesse !! Baisers arborés !

Joëlle 27/07/2015 10:34

Merci pour ces belles lignes poétiques...

François 31/08/2015 18:36

Et merci à vous pour ces mots sympathiques

GentlemanW 26/07/2015 18:41

Si les supports changent, Votre blog est toujours là, les lecteurs aussi !

L'été est épicé ;-)))

François 31/08/2015 18:35

Merci beaucoup cher Gentleman !

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